Les eaux usées à travers les âges

Par le Centre d'information sur l'eau, le lundi 3 février 2014 18:41

L'eau est indispensable à toutes nos activités domestiques et économiques. Mais son utilisation génère des eaux usées qu'il faut évacuer, collecter et dépolluer.

Au fur et à mesure de l'accroissement des populations et des activités humaines, l'évacuation des eaux usées a posé des difficultés techniques de plus en plus aiguës.

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Il faut attendre la seconde moitié XIXe siècle pour qu'une politique volontariste de construction d'infrastructures s'impose. Mais l'idée de dépollution des eaux usées (c'est à dire nettoyer les eaux usées) est plus longue encore à se mettre en place.

Au début était l'évacuation des eaux usées

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© Alinari / Roger-Viollet
Sortie de la Cloaca Massima dans le Tibre.

L'évacuation des eaux usées est un sujet qui préoccupait déjà, les premières civilisations sédentaires, lors de la construction des premières villes. Il fallait impérativement évacuer et éloigner les effluents des cités, pour éviter les épidémies.

Des solutions ont été trouvées dès l'Antiquité, à toutes les époques et sur tous les continents.

Dans les cités d'Harappa et de Mohenjo Daro, Vallée de l'Indus, au Pakistan actuel (- 2500 à - 1 500 av .J.C.), les eaux usées étaient collectées dans de petites fosses revêtues de briques situées au bas des murs des maisons, avant d'être acheminés par des conduits vers un réseau de canalisations creusées sous le pavement des rues et recouvertes de briques dures.

Ces canalisations débouchaient sur un système plus vaste d'égouts couverts, qui évacuaient les eaux usées hors des secteurs habités de la ville.

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Site archéologique d'Harappa

Les habitations, de Fostat en Egypte, de la ville de Constantinople (bâtit sur le modèle de Rome) étaient déjà munies de fosses d'aisance ou de latrines.

Dans le bassin Méditerranéen, on citera, le modèle romain la « Cloaca Maxima ».

(photo début de chapitre : Sortie de la Cloaca Massima dans le Tibre)

Construit, sous le règne de Tarquin L'Ancien au VI e siècle av. J-C, à l'origine pour drainer les marais, ce grand collecteur recevait les eaux de pluie et les eaux usées de Rome et les déversait dans le Tibre. Malgré les techniques innovantes pour l'époque, les égouts de Rome étaient connus pour leur insalubrité et leurs odeurs nauséabondes.

Au IIIème siècle, ces ouvrages collectifs furent peu à peu abandonnés, les difficultés politiques rendant difficiles les financements indispensables à leur entretien.

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Salle Neptune / Thermes

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Latrines

Les Thermes d'Ostie

Ostie était un grand port méditerranéen près de Rome, à l'embouchure du Tibre.

Si les thermes Romains sont des institutions honorables et véritables lieux d'hygiène, ils sont surtout des lieux de rencontre et de sociabilité. Pour en savoir plus, voir notre chapitre consacré à l'hygiène et l'eau.

Les latrines collectives remplissent elles aussi, à leur façon, des fonctions sociales. C'est pour cette raison que les bains et les latrines étaient associés. Les Romains y allait de façon décontractée et y parlait des nouvelles du jour ou de leurs affaires.

Les latrines d'Ostie sont très bien conservées. On y voit une grande banquette en pierre, longeant les murs, percée d'une série de lunettes à double ouverture, sur lesquels les Romains s'asseyaient. En dessous des sièges (qui étaient en bois) dans un canal profond, circulait l'eau d'évacuation, provenant de la vidange d'un bassin des thermes et une rigole d'eau propre, longeant les banquettes, fournissait l'eau pour se rincer.

Du Moyen Âge au XIXème siècle

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Du Moyen Âge

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... au XIXème siècle

En Europe, au Moyen-Âge, les systèmes d'évacuation des eaux sales mis au point par les Romains, ne sont plus utilisés.

Cependant, les communautés religieuses n'ignorent pas les principes.

L'abbaye de Royaumont présentait un ingénieux système d'évacuation de ses eaux usées ; les latrines des moines étaient construites au-dessus de la rivière.

Les Hospices de Beaune utilisaient le courant du ruisseau sur lequel ils sont édifiés pour évacuer leurs effluents.

L'abbaye de Cluny était équipée d'un réseau d'égouts très perfectionné.

Mais, dans les grandes villes au développement plus anarchique, ces notions de salubrité étaient souvent négligées, saleté et odeurs putrides régnaient dans les rues.

Quelques maisons, une minorité, disposaient d'une fosse d'aisance, qui devait être régulièrement vidangée.

Mais dans la plupart des habitations, ces lieux d'aisance faisaient défaut et la technique la plus utilisée était celle du « tout à la rue ». Ainsi, les pots de chambre étaient vidés par les fenêtres directement dans les rues. Ces eaux sales jetées s'infiltraient, fermentaient, se décomposaient, produisant des boues pestilentielles.

De plus, les activités urbaines et artisanales généraient divers déchets. Les rejets des tanneurs, des teinturiers mais aussi des bouchers, des poissonniers... stagnaient dans les rues en attendant que la pluie les emporte.

Cette situation persiste jusqu'au XIXe siècle avec pour conséquence des épidémies de peste, de choléra et de typhus qui tueront des centaines de milliers de personnes à travers l'Europe. Les découvertes en matière de santé publique, faites à cette même époque, montrèrent la nécessité et l'urgence de l'assainissement.

L'évolution de l'assainissement à Paris illustre bien les difficultés rencontrées par les villes pour éliminer leurs effluents.

C'est en Allemagne (Hambourg) et à Londres que les premiers réseaux d'assainissement modernes firent leur apparition.

En France, l'impulsion est donnée par le préfet de la Seine, le baron Haussmann qui, sous le Second Empire, entreprend d'équiper Paris d'un réseau complet d'égouts. Mais cette évolution pour l'ensemble de la France est lente. En 1907, sur 616 villes de plus de 5 000 habitants, 294 n'ont pas de réseau d'égout. En 1960, 12 % seulement des Français sont reliés au tout-à-l'égout.

Histoire de l'assainissement de PARIS

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Très tôt, les souverains successifs tentent d'imposer des règles d'hygiène à Paris.

Philippe Auguste, en 1184, ordonne le pavement des rues principales et fait creuser une rigole en leur milieu, afin d'éviter que les eaux ne stagnent. Celles-ci sont entraînées vers la Seine, la Bièvre ou encore les fossés qui entourent les fortifications.

Suite à la grande peste noire de 1348 (on estime qu'en France entre 30 et 50% de la population du pays disparaît dans cette épidémie) est publié en 1350, le premier règlement de police pour l'assainissement de la ville.

L'ordonnance royale signée par Philippe VI enjoint la population à ôter les boues et curer la rue, et à enlever leurs ordures.

En 1539, un édit de François 1er sur l'entretien des rues de la capitale oblige les Parisiens à balayer devant leur porte. Le pavé est à la charge du particulier ; chacun doit jeter de l'eau, devant sa maison, tous les matins pour le laver. Les ordures doivent être placées dans des paniers destinés aux tombereaux. Les rigoles creusées dans la chaussée, ne doivent recueillir que l'eau de pluie et les eaux ménagères. L'ordonnance oblige aussi, les propriétaires à installer des fosses d'aisance, retenant les excréments, pour chaque habitation et faire procéder à leur vidange régulière sous peine d'amende.

Par la suite, plusieurs égouts sont construits, toujours pour ne recevoir que les eaux de pluie et les eaux sales des usages domestiques. A la fin du règne de Louis XIV, en 1715, les égouts parisiens mesurent 26 km. Le réseau s'étend peu à peu, mais toutes les eaux usées se déversent dans la Seine alors que l'eau issue du fleuve sert à alimenter les parisiens.

La situation n'est guère satisfaisante puisque les égouts sont souvent engorgés. Dans les rues où la pente est insuffisante, les habitants vivent dans un état d'insalubrité permanente, d'autant que les rigoles creusées dans la chaussée (censées ne recueillir que l'eau de pluie et les eaux ménagères) drainent encore trop souvent les contenus des pots de chambre de riverains peu scrupuleux.

Sous Louis-Philippe, on adopte la chaussée bombée dotée de caniveaux latéraux et on multiplie la construction d'égouts. Mais la situation sanitaire est probablement pire qu'avant la Révolution.

C'est au XIXe siècle que naît réellement le réseau du tout à l'égout Parisien.

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© Jacques Boyer / Roger-Viollet

Paris. Coupe des égouts de la rue Saint-Antoine. A gauche : l'ancien égout, au centre : le métro, à droite : l'égout collecteur. Aquarelle du Musée d'Hygiène de Paris. 1900.

Suites aux épidémies de choléra de 1832, 1849 et 1854, il est démontré que les eaux usées sont un vecteur aggravant de propagation de la maladie qui se transmet par les vomissures et les diarrhées. Les eaux usées souillaient et contaminaient l'eau puisée par les porteurs d'eau et consommée par la population.

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© Institut Pasteur

La diffusion du choléra : Dessin satirique illustrant la diffusion du choléra par l'eau de fontaine et par la poignée de la pompe à eau.

Face à ce fléau, l'hygiène publique devient une préoccupation majeure des autorités, qui concentrent leur action autour de l'alimentation en eau. L'évacuation des eaux usées est au cœur des débats. Le réseau d'égouts de la capitale poursuit son développement, en 1850, il atteint 150 km. La révolution hygiéniste est en marche.

Ce n'est que lors de la seconde moitié du XIXe siècle que s'élabore la conception moderne de l'assainissement lors des travaux de rénovation de grande envergure dans la capitale.

Un décret-loi de 1852 stipule que "toute construction nouvelle dans une rue pourvue d'égouts devra être disposée de manière à y conduire ses eaux pluviales et ménagères".

Les matières de vidanges sont encore exclues de ces dispositions.

En 1853, à l'arrivée du baron Georges Eugène Haussmann à la Préfecture de la Seine, Paris compte plus d'1,6 millions d'habitants, contre 547 000 en 1801). Le fort accroissement démographique, l'insalubrité et bien d'autres fléaux favorisent de nombreuses épidémies.

La capitale française est bien en retard par rapport à Londres, que Napoléon III considère à plusieurs égards comme le modèle de la cité moderne. En effet, Londres, détruite par un grand incendie en 1666, avait été totalement reconstruite et était devenue, au début du 19ème un modèle d'urbanisme et d'hygiène par rapport aux autres villes d'Europe.

Les conceptions urbanistiques d'Haussmann, coïncident avec les aspirations de l'Empereur et des principes hygiénistes ; faire circuler l'eau, l'air et la lumière et assainir sont les deux maîtres mots de la nouvelle politique urbaine. Ainsi, la construction de tout un système d'approvisionnement en eau et d'un réseau d'égouts, n'échappe pas à leur grande entreprise de réorganisation de Paris.

Enfin, la loi de 1894 impose dans un délai de trois ans, le système du tout-à-l'égout à tous les propriétaires de Paris.

L'ingénieur hydrologue Eugène Belgrand, nommé directeur du Service des Eaux et Egouts en 1855, a pour mission de résoudre un double problème : l'alimentation en eau potable et l'évacuation des eaux usées.

Pour l'approvisionnement en eau, il développe un réseau d'aqueducs fermés (à l'abri des pollutions) et privilégie des captages d'eau éloignés à l'amont de Paris. Et parallèlement, met en place un réseau complet d'égouts unitaires (eaux usées et eaux pluviales sont rassemblées), au moins un dans chaque rue.

A la fin du siècle, le réseau atteint 600 kilomètres, (il ne sera achevé qu'après la seconde guerre mondiale et atteindra alors plus de 2 000 kilomètres de long).

Les effluents parisiens sont alors acheminés par d'immenses collecteurs et déversés dans la Seine en aval. La capitale est débarrassée de ses eaux usées.

Mais le problème est déplacé à l'Ouest de Paris. Au niveau, de l'exutoire des rejets, les odeurs sont répugnantes et l'état de la Seine est désastreux (l'eau est noire, polluée, exempte de vie aquatique). Cette situation entraîne de vives protestations et plaintes des riverains des communes de banlieue.

Pour lutter contre ces pollutions et utiliser les effluents comme engrais, les ingénieurs Adolphe Mille et Alfred Durand-Claye entreprennent des essais d'épandage agricole des eaux usées, dans les plaines du nord-ouest parisien (Asnières, Gennevilliers) qui s'avèrent concluants. Les rendements de certaines cultures sont huit fois supérieurs). Des terrains plus vastes, situés à Achères (78) sont choisis pour pérenniser l'expérience de l'épuration biologique.

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© Institut Pasteur

Allégorie sur le choléra transmis par l'eau de la Seine : Bon voyage !

Le choléra chassé par la salubrité publique, l'hygiène privée et la vaccination, emportant un cercueil et l'eau de la Seine.

Le principe du traitement des eaux usées fait son chemin, mais il faut attendre 1915, avec la mise en service d'une station d'épuration expérimentale sur le site de Colombes (92).

En 1939, la construction de la station d'épuration à Achères (sur des anciens champs d'épandage) et Maisons-Laffitte (78) inaugure l'ère de la station d'épuration et des traitements rigoureux.

La dépollution des eaux usées : une préoccupation récente

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Usine d'épuration de Valenton : bassin biologique

Copyright : © Laurent Mignaux/METL-MEDDE

Il faut attendre les années 1960 pour que le programme d'installation des stations d'épuration prenne son essor sur tout le territoire et entre temps, le développement rapide des besoins en eau dégrade la qualité des eaux superficielles.

Pour une bonne gestion de l'eau

La loi sur l'eau du 16 décembre 1964, divisant le territoire continental en bassins hydrographiques (comités de bassin /agences de l'eau), accélère l'action en faveur de la préservation des ressources.

La loi du 3 janvier 1992, les directives européennes (directive cadre du 23 octobre 2000) et la loi sur l'eau du 30 décembre 2006 martèleront cette obligation de préserver les ressources en eau.

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