La qualité de l’eau du robinet mise en cause : est-elle vraiment potable ? Nos réponses à toutes vos questions

Woman filling a glass of water.

Un reportage récent affirmait qu’un grand nombre de communes sont concernées par la présence de résidus de pesticides dans leur eau potable et alertait sur la multiplication de situations de non-conformité à la réglementation.

Il reprochait aux autorités sanitaires de ne pas appliquer les mêmes dispositions d’une région à l’autre. Le C.I.eau vous aide à aborder cette controverse.

Qu’est-ce qu’une situation de non-conformité ?

On parle de non-conformité en raison de la présence de traces de pesticides, lorsque la concentration atteint :

  • 0,1 µg / litre pour chaque substance de pesticide quantifiée ;
  • 0,5 µg / litre pour la totalité des pesticides quantifiés.

Cette limite de qualité, définie par la réglementation, a pour objectif de tirer la sonnette d’alarme en cas de dépassement afin de prendre les mesures nécessaires pour limiter la présence de ces composés. Il s’agira alors d’apporter des solutions curatives grâce à des traitements adaptés.

Comment évaluer la présence d’un risque pour la santé du consommateur en cas de non-conformité ?

Lorsque l’on constate un dépassement de la limite de qualité, on se réfère alors à la valeur sanitaire maximale (Vmax) construite par l’ANSES, molécule par molécule (200 environ) dans le cadre de travaux d’expertises collectives à la demande du ministère de la santé.

C’est le dépassement de cette valeur qui définit l’éventuel risque pour la santé. La référence à cette Vmax n’est utilisée que pour une période limitée dans le temps pour accompagner la mise en œuvre d’actions de retour à la conformité.

Quelle part de la population française est concernée par les situations de non-conformité et dans quels cas les restrictions sont-elles appliquées ?

En 2019, 6% de la population française (3,9 millions dhabitants) a reçu au moins un fois une eau non-conforme (dépassements de la limite de qualité). Mais les restrictions d’usage alimentaire de l’eau n’ont concerné que 16 000 personnes dans toute la France cette même année, en raison de la présence d’au moins 1 pesticide à une teneur supérieure à la valeur sanitaire maximale qui définit le risque sanitaire.

Quels sont les risques des pesticides pour la santé ?

L’INSERM a été mandaté pour dresser un bilan des connaissances sur les effets des pesticides sur la santé. Ce bilan a été publié en 2021. Il en ressort que :

  • En cas d’intoxication professionnelle (à la suite dune exposition accidentelle à de très fortes doses de pesticides), les effets connus sont : les troubles nerveux, digestifs, respiratoires, cardio-vasculaires et musculaires
  • En cas d’une exposition prolongée à de très faibles doses, il est difficile d’évaluer précisément les risques en raison des mélanges de molécules, mais on peut suspecter que cette exposition entraîne une augmentation de l’incidence de cancers, une mutation génétique ou encore des effets néfastes sur le système nerveux ou le foie.

Quelle est la part de l’eau potable dans l’exposition aux pesticides ?

La part des résidus de pesticides sont présents aussi bien dans lalimentation que dans lair et dans leau. Et la part attribuable à leau est de 5 à 10% et donc très inférieure à celle présente dans notre alimentation.

Comment la présence de pesticides dans l’eau du robinet est-elle contrôlée ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’eau du robinet est l’aliment le plus contrôlé en France.

Suite à une nouvelle instruction ministérielle (décembre 2020), les contrôles de qualité de leau potable ont été récemment renforcés. La liste des composants recherchés est plus complète et inclut par exemple des résidus de pesticides ou de métabolites qui n’étaient jusque-là pas ou peu recherchés.

Chaque ARS cible ses contrôles par rapport à la probabilité de retrouver des pesticides en fonction des activités agricoles locales, des surfaces cultivées et des quantités de pesticides vendus localement.

La controverse autour des métabolites de pesticides : que faut-il en penser ?

Au cours des 10 dernières années, de plus en plus de substances sont recherchées et les contrôles révèlent de plus en plus de situations de non-conformité. Cela s’explique notamment par l’évolution de la performance des méthodes d’analyse. On sait mieux détecter ces substances et mécaniquement, on en trouve davantage.

Les métabolites sont des pesticides qui, au fil du temps, évoluent en sous-produits, il existe donc, non pas un seul type de métabolite mais une grande variété de cette substance.

Comment les métabolites se retrouvent dans l’eau potable ?

La pollution des eaux de surface est liée à l’entraînement de ces substances par ruissellement ou érosion. Et la pollution des eaux souterraines est quant à elle liée à l’infiltration de ces substances. Les facteurs qui concourent au transfert des pesticides dans les eaux sont : leur solubilité dans l’eau, leur stabilité chimique, la nature du sol et la pluviométrie.

Comment les ANSES et les ARS gèrent-elle le risque sanitaire dans l’eau potable ?

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) détermine les valeurs sanitaires applicables aux pesticides et notamment aux métabolites.

Chaque ARS (Agence régionale de santé) évalue ce risque en fonction des molécules et des concentrations mesurées.

Lorsque des situations de non-conformité persistantes sont détectées :

  • Les producteurs et distributeurs d’eau impactés font l’objet de mesures de restriction des usages de l’eau en attendant un retour à la normal.
  • Ils doivent définir un plan d’actions curatives (voir « les solutions » plus haut), engageant un retour à la conformité avec un arrêté préfectoral autorisant la distribution et la consommation d’eau pendant 3 ans renouvelable une fois.

Dès lors, ces modalités de gestion des risques permettent à la population daccéder à une eau potable parfaitement saine sans aucun risque pour la santé.

Les niveaux de pesticides relevés nécessitent-ils une interdiction de consommer de l’eau du robinet ?

Non : lorsque les dépassements de seuils sont minimes et ponctuels, ils ne sont pas dangereux pour la santé. Il n’y a donc pas lieu de restreindre les usages de l’eau pour la consommation alimentaire, mais les ARS envoient des signaux d’alertes aux producteurs d’eau pour améliorer les niveaux de qualité de l’eau et garantir un retour rapide à la normale.

Oui : en revanche, en cas de non-conformités persistantes, des mesures plus drastiques sont prises pour empêcher tout risque sanitaire et enjoindre les producteurs d’eau à traiter leur eau sans délais. Des restrictions des usages de l’eau sont alors appliqués, jusqu’à ce que les analyses apportent la preuve d’un retour à la normale.

Quelles sont les solutions pour améliorer la qualité de l’eau ?

Plusieurs solutions existent et sont mises en œuvre pour réduire significativement les situations de non-conformité et améliorer la qualité de l’eau.

Sur le long terme : agir à la source du problème

La qualité de l’eau est totalement dépendante de la qualité des sols qui sont cultivés.  Ce qui demande que la lutte contre la présence de résidus de pesticides dans l’eau passe par la prévention et la capacité du monde agricole à réduire ses intrants. Des actions de réduction de l’utilisation des pesticides sont inscrites dans les plans Ecophyto, et tout particulièrement pour protéger particulièrement les aires d’alimentation des captages.

Les solutions curatives

La non-conformité est un indicateur qui attire l’attention pour prendre le problème à bras le corps et mettre en œuvre des solutions. La lutte contre la présence de résidus de pesticides dns l’eau passe par des mesures curatives : fermeture de captages, recherche de ressources de meilleure qualité, dilution, interconnexion, traitement de l’eau par des techniques adaptées (filtre à charbon actif, filtration membranaire, avec un renforcement des étapes de traitement pour les métabolites).

Comment les consommateurs peuvent-ils savoir s’ils peuvent consommer l’eau du robinet sans risque pour leur santé ?

  • Si la limite de qualité est franchie, mais que les concentrations ne présentent pas de risques au regard des valeurs maximales sanitaires, le consommateur est informé que l’eau peut être consommée par dérogation et que des mesures de retour à la conformité ont été mises en œuvre.
  • Si les dépassements observés présentent un risque pour la santé, les consommateurs sont informés dans les meilleurs délais que l’eau ne doit pas être consommée jusqu’à nouvel ordre, communique sur les recommandations d’usages et sur l’approvisionnement en eau de consommation.
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Philippe Beaulieu

Médecin, Responsable du département Qualité-Santé du C.I.eau

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