Sécheresse en France

Sécheresse en France : comment la gérer et comment la prévenir ?

Bien que nous disposions en France de réserves d’eau suffisantes pour couvrir nos besoins annuels (pour des usages domestiques, agricoles ou encore industriels), nous ne sommes pas à l’abri de pénuries localisées en cas d’épisodes de sécheresse.
Aussi, il important d’identifier les origines de la sécheresse pour pouvoir mieux la gérer et mieux la prévenir. Le Centre d’information sur l’eau fait le point avec vous sur ces questions.

D’où vient l’eau que nous consommons ?

Avant d’aborder la notion de sécheresse, il convient de signaler que 82 % de l’eau utilisée en France provient des eaux de surface : fleuves, rivières, lacs. Cela représente un volume de 26 milliards de m3. Ces eaux sont en effet plus faciles d’accès que les nappes souterraines et surtout beaucoup moins coûteuses à prélever.
En revanche, 62 % de l’eau potable produite provient des eaux souterraines. Mieux protégées que les eaux de surface, elles sont plus faciles à traiter.

Sachant qu’il tombe en moyenne 400 milliards de m3 de pluie et de neige en France, dont les 2/3 s’évaporent, il reste donc 175 milliards de m3 qui viennent alimenter les eaux de surfaces et les eaux souterraines.

Qu’est-ce que la sécheresse et d’où vient-elle ?

Les 3 catégories de sécheresse :

  • La sécheresse météorologique : c’est la sécheresse qui est tout simplement provoquée par un manque de pluie.
  • La sécheresse agricole : c’est la sécheresse qui provient d’un manque d’eau dans les sols et qui entrave le développement naturel des cultures agricoles.
  • La sécheresse hydrologique : il s’agit de la sécheresse qui apparaît lorsque les eaux de surface et/ou les nappes d’eaux souterraines présentent des niveaux anormalement bas.

Les 2 principaux facteurs de sécheresse

Les deux principaux facteurs de sécheresse sont le manque de pluie et les prélèvements excessifs.

Un manque de précipitations

175 milliards de m3 d’eau de pluie viennent alimenter chaque année les eaux de surface et les nappes phréatiques.
Or, autant le débit des eaux de surface (rivières, lacs, cours d’eau) reste stable depuis des décennies, autant le niveau des nappes souterraines fluctue en fonction du nombre de prélèvements effectués et du taux de renouvellement de ces eaux.
Par exemple, lorsque les précipitations sont insuffisantes par rapport aux normales de saison sur une durée donnée, principalement en hiver et au printemps où elles sont normalement abondantes, alors ce manque de pluie empêche les nappes phréatiques de se recharger comme elles le devraient à cette période de l’année pour se renouveler.
En effet, après les mois d’hiver et du début du printemps, propices à l’infiltration des eaux de pluie dans les sols, l’augmentation des températures et de l’ensoleillement sont propices à la croissance des végétaux et donc à l’évapotranspiration. De ce fait, les pluies qui tombent à partir du mois d’avril sont principalement absorbées par les besoins de croissance des plantes.
C’est donc pour cette raison que des précipitations anormalement basses conjuguées à des températures anormalement élevées en été (on constate en effet de plus en plus d’épisodes caniculaires en été), accroissent le risque de sécheresse.

Des prélèvements excessifs

La France prélève chaque année 32 milliards de m3 d’eau douce pour alimenter les besoins du pays en eau, aussi bien pour des usages domestiques qu’agricoles ou encore industriels.

L’industrie consomme moins d’eau qu’elle n’en prélève :

  • Elle représente 70 % des prélèvements en eau, soit 22 milliards de m3/an, mais elle en rejette une très grande partie,
  • Elle compte pour 25 % dans la consommation totale en eau.

L’agriculture consomme quasiment toute l’eau qu’elle prélève :

  • Elle représente 10 % des prélèvements, soit environ 4 milliards de m3/an
  • 60 % de l’eau prélevée pour l’activité agricole est utilisée pour l’irrigation

Or cette consommation agricole est principalement concentrée sur les 3 mois d’été où elle peut atteindre jusqu’à 80 % de la consommation d’eau totale, notamment dans les zones géographiques où les ressources sont faibles.

L’eau potable représente quant à elle 25 % de la consommation totale en eau, ce qui représente environ 6 milliards de m3 par an.

On voit donc que la consommation d’eau pour l’agriculture peut augmenter en période de sécheresse, afin de pourvoir maintenir l’élevage et le développement des cultures. Notons par ailleurs qu’avec le dérèglement climatique, les épisodes de sécheresse tendent à se multiplier et à s’intensifier, du fait de la hausse des températures, d’un manque de précipitations et d’une évaporation de l’eau plus importante.

Comment avoir une utilisation sobre de l’eau ?

Dans l’agriculture

Comme nous l’avons vu plus haut, l’agriculture peut à elle seule, en période de sécheresse, sur les 3 mois d’été, consommer jusqu’à 80 % de l’eau prélevée.
Il est démontré que limiter l’irrigation en consommant « les bonnes doses au bon moment » permet de réduire la consommation d’eau de 30 %.
C’est pourquoi, les autorités incitent les agriculteurs à limiter leur consommation d’eau :

  • En améliorant leur matériel d’irrigation,
  • En privilégiant les cultures moins gourmandes en eau, comme les légumineuses, les racines, les tubercules… à l’inverse du maïs qui consomme énormément d’eau.

Dans notre quotidien

Pour réduire les consommations d’eau et préserver le niveau de nos ressources en eau, les particuliers sont également mis à contribution. Ils sont encouragés à réduire leur consommation, par des gestes éco-citoyens simples à mettre en place et efficace :

  • En prenant des douches plutôt que des bains,
  • En installant des appareils sanitaires économes en eau, des chasses d’eau à double flux,
  • En utilisant les cycles économiques des lave-linges,
  • En réutilisant l’eau de pluie pour certains usages…

Comment prévenir les épisodes de sécheresse ?

En période d’étiage, la période de l’année où le niveau d’un cours d’eau atteint son point le plus bas, il est important de prendre les mesures nécessaires pour éviter les prélèvements excessifs et réduire encore plus les ressources en eau.

Mesures de restrictions par les préfets

C’est pourquoi les préfets sont habilités à mettre en place des arrêtés exceptionnels visant à limiter ou à suspendre des usages de l’eau (cf. article L.211-3 II-1° du code de l’environnement) lorsque le niveau des cours d’eau sont anormalement faibles sur une durée donnée.

Le site Propulvia est entièrement dédié aux arrêtés de restriction d’eau.

Les différents niveaux de limitation

Il existe 4 niveaux de limitation pour faire face à un manque d’eau en période d’étiage :

  • Vigilance
  • Alerte
  • Crise
  • Crise renforcée

Suivant le seuil défini, les prélèvements sont progressivement limités avec des restrictions adaptées aux différents usagers.

Par exemple :

  • Pour les usages agricoles : interdiction d’irriguer plus d’un jour par semaine, plusieurs jours par semaine ou à certaines heures. Cette limitation peut aller jusqu’à l’interdiction totale d’irriguer.
  • Pour les usages domestiques : limiter l’arrosage des pelouses, le remplissage des piscines, l’arrosage des espaces verts, le lavage des voitures… Cette limitation peut aller jusqu’à l’interdiction totale d’utiliser l’eau hors usage eau potable.
  • Pour les usages industriels : réduction progressive de l’activité, recyclage de certaines eaux de nettoyage, changement de certains modes opératoires…

Le suivi hydrologique

Une commission de suivi hydrologique permet d’analyser les conséquences des usages de l’eau sur les écosystèmes en période de sécheresse. Cette commission est représentée par :

  • 7 représentants de l’État
  • 4 représentants des collectivités territoriales
  • 12 représentants des usagers
  • Des experts

En fonction des informations collectées dans le cadre du suivi hydrologique, les différents acteurs de l’eau qui composent la commission donnent leurs avis et recommandations sur les mesures préventives ou compensatrices et facilitent la coordination des actions entre les départements.

Indemnisation des agriculteurs en cas de limitations

En cas d’épisodes de sécheresse répétés et intenses, les agriculteurs sont particulièrement exposés et leur activité lourdement impactée. C’est pourquoi le Ministère en charge de l’Agriculture peut reconnaitre l’état de « calamité agricole » et a mis en place un fond pour indemniser les exploitations sinistrées : le Fonds National de Garantie des Calamités Agricoles (FNGCA). Ce fonds permet de couvrir en moyenne 30 % des pertes d’exploitation.

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Marillys Macé

Directrice générale du Centre d’information sur l’eau, dont la vocation est d'apporter des connaissances pédagogiques sur l'eau distribuée et sur la gestion de l'eau en France, d'analyser les comportements des consommateurs et d'analyser le discours des médias.

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