Nos ressources en eau sont-elles polluées ?

Nos ressources en eau sont-elles polluées ?

La démographie et l'urbanisation ne cessent de croître engendrant une augmentation des besoins en eau
Le développement des activités humaines s'accompagne, inévitablement, d'une production de rejets polluants. Conséquences ? Ces déchets, pour la plupart, se retrouveront un jour ou l'autre dans l'eau. Quel est l'état des lieux en Europe ? Peut-on lutter contre les pollutions persistantes des cours d’eau et des nappes souterraines ? Analyses.

Qu’est-ce qu’une pollution ?

Les premières apparitions du mot « pollution », dans la langue française, remontent au XIIème siècle. Mais ce n’est que vers 1960, qu’il prend son sens de dégradation d’un milieu par l’introduction d’un élément malsain. Il existe deux sortes de pollutions : les pollutions organiques d’origine naturelle (gaz, substances minérales ou organiques, bactéries, virus, plancton, particules d’argile, déchets végétaux) et les pollutions chimiques ayant comme origine les activités humaines.

Les ressources en eau sont-elles victimes de pollution ?

Rappelons que le milieu naturel sait lutter contre une pollution qui reste dans de faibles proportions, c’est ce que l’on nomme « l’auto-épuration ». Ce processus biologique permet aux cours d’eau et aux lacs d’éliminer ces pollutions grâce aux bactéries et aux algues. Mais, aujourd’hui et face à l’ensemble des pollutions, les capacités d’auto-épuration de la nature sont désormais insuffisantes.

Tout commence avec les précipitations qui alimentent les cours d’eau et les nappes souterraines. Ainsi, chaque année et tout au long de leur parcours, quelques 70 milliards de m3 d’eau se chargent de polluants, urbains et agricoles, avant de ruisseler dans les cours d’eau et de les contaminer. Les rivières reçoivent également les eaux usées et les eaux pluviales des communes, une fois quelles ont été dépolluées en station d’épuration. Bien que minimes, ces apports dégradent la ressource quand les eaux usées sont insuffisamment traitées.

De la même manière, 100 milliards de m3 d’eau traversent sols et roches qui la chargent aussi bien en éléments utiles, comme les sels minéraux, qu’en éléments indésirables ou toxiques avant de rejoindre, par infiltration, les nappes souterraines. Selon leur nature, sols et roches peuvent avoir une action positive ou négative sur les pollutions de l’eau. Dans un cas, ils sont des filtres protecteurs détruisant ou dégradant des polluants et l’eau souterraine reste protégée des contaminations de surface. Dans le cas contraire, ils peuvent être des catalyseurs laissant migrer les polluants et la nappe souterraine n’en sort pas indemne.

Il est à noter que l’eau souterraine se renouvelle lentement : des jours, des mois ou même des années. C’est pourquoi, lorsqu’une nappe est touchée, la résorption des polluants est longue. Pour illustration, notez qu’un cours d’eau s’écoule à un mètre/seconde tandis que l’eau souterraine peut mettre un an à parcourir un mètre.

Comment est générée la pollution de l'eau ?

On distingue deux types de pollutions : organiques et chimiques.

À noter : En France, en 2013, 48,2 % des eaux de surface et 67 % des eaux souterraines sont en bon état chimique

Concernant les pollutions organiques, elles proviennent des rejets des ordures ménagères végétales ou animales, des déchets animaux ou végétaux, des excréments ou des déjections animales. Ces déchets contiennent des bactéries ou des virus pouvant entraîner une pollution microbiologique et donc un risque pour la santé publique.

Des pollutions organiques peuvent être également causées par la dissolution dans l’eau de matières organiques ou par des phénomènes naturels.

Pour les pollutions chimiques, leur cause majeure est à chercher du côté des grandes cultures et déjections animales élevages : engrais (nitrates, phosphates, cadmium), pesticides, herbicides, médicaments vétérinaires et compléments alimentaires distribués dans les élevages (cuivre, zinc), azote ammoniacal et phosphore… Tout cela engendre des pollutions chimiques qui pénètrent dans le sol puis dans l’eau souterraine ou de surface.

L’épandage de effluents d’élevage, dans une proportion supérieure à la capacité des sols et des cultures à les absorber, est notamment en cause. Les nitrates et les phosphates issus des engrais favorisent la prolifération d’algues et de bactéries qui s’en nourrissent, ce qui entraîne une mauvaise oxygénation. Ce phénomène est appelé « eutrophisation des cours d’eau, des lacs et des littoraux ».

Quelles activités créent des pollutions de l'eau ?

Les différentes activités humaines recourent à des dizaines de milliers de produits chimiques. Les eaux usées produites par les artisans, les commerçants, les établissements de soin, les collectivités mais également par les particuliers sont à l’origine de pollutions.

Quant aux activités industrielles, elles sont responsables, pour moitié, des rejets polluants organiques (matières en suspension, produits azotés et phosphorés) et de la quasi totalité des rejets toxiques (métaux, hydrocarbures, acides, matières) et de déséquilibre écologique en réchauffant les eaux.

En 1978, l’État estimait que 55% de la pollution de l’eau provenait des rejets industriels. Depuis, la mise en place, dans ces industries, de stations de traitement des eaux usées a largement amélioré la situation.

Exemples de produits polluants rejetés

  • Produits de nettoyage des pressings
  • Produits de coloration des salons de coiffure
  • Solvants des imprimeries
  • Lubrifiants des garages
  • Résidus de soins
  • Résidus de nettoyage
  • Produits d’entretien
  • Peintures
  • Matières organiques azotées

 

Quelles conséquences pour l'eau du robinet ?

Tout d’abord, il est très important de ne pas faire d’amalgame entre la qualité des ressources en eau et la qualité de l’eau du robinet. Sachez qu’une ressource en eau de mauvaise qualité ne sera pas retenue pour produire de l’eau potable. Une ressource en eau retenue pour produire de l’eau potable est classée parmi trois catégories. Les traitements plus ou moins sophistiqués dépendront de ce classement. Les techniciens assurent les différents traitements qui garantissent une eau répondant aux critères de potabilité. Un tiers des volumes prélevés pour l’alimentation en eau potable nécessite un traitement poussé.