L'histoire de l'eau
Histoire du service public de l'eau en France

Sous le Second Empire

Cependant, le système mis en place par les frères Périer perdure. En 1853, à l’arrivée, d’Haussmann à la préfecture de Paris, on recense 7 633 abonnements dont 6 229 pour des maisons d’habitation, soit un immeuble sur 5. Quant aux pompes à feu, elles sont dans un parfait état de marche. Mais la qualité exécrable de l’eau qu’elles refoulent justifie leur démantèlement en 1852 et 1853. Pour le nouveau préfet de Paris, il s’agit en effet non seulement de fournir "l’eau à tous les étages" mais encore, une eau de qualité. Ainsi s’exprime-t-il dans ses mémoires : "Fournir en abondance de l’eau salubre aux diverses parties de la ville et l’y distribuer avec régularité jusque sur les points culminants est un tel bienfait que les travaux accomplis dans ce dessein comptent parmi les actes considérables des souverains les plus glorieux, et tiennent une place durable dans la mémoire des hommes". Dès son entrée en fonction, la réorganisation de l’alimentation en eau de Paris et la construction de son réseau d’égouts est donc le chantier prioritaire d’Haussmann. Plusieurs projets soutenus par différents groupes financiers sont bientôt présentés à Napoléon III. Parmi eux, celui du comte Siméon, propose de prendre en concession l’alimentation et la distribution d’eau pour l’ensemble de la ville. Haussmann et l’Empereur décident cependant de conserver ce service en régie.

Si les démarches du comte Siméon et de ses amis n’aboutissent pas pour Paris, elles convainquent en revanche les édiles lyonnais, eux aussi désireux d’améliorer la distribution de l’eau dans leur ville. En 1853 est créée la Compagnie Générale des Eaux. Elle se voit confier la concession de l’alimentation et de la distribution de l’eau de Lyon. L’année suivante elle contracte avec Nantes. Ces premiers contrats seront suivis de bien d’autres, dont un certain nombre avec des petites villes de la banlieue de Paris.
Entre temps, Haussmann a réussi à convaincre le Conseil Municipal de s’engager dans d’importants travaux destinés à alimenter la capitale en eaux de sources captées loin de Paris. En 1865, un premier aqueduc est achevé, neuf ans plus tard un deuxième entre en fonction. Les eaux d’excellente qualité et abondantes sont recueillies dans de grands réservoirs situés sur les hauteurs de Paris, ce qui permet d’alimenter gravitairement l’ensemble de la ville. Désormais même dans les étages élevés, il est possible de recevoir l’eau à domicile.

Ce progrès radical dans les normes de confort et d’hygiène s’accomplit certes de façon progressive, mais toutes les villes de France vont désormais vouloir s’équiper. Or si Paris peut financer de tels projets, la plupart des cités de province ne le peuvent pas. Le recours au financement privé s’avère indispensable. La Compagnie Générale des Eaux crée en 1853 possède déjà ce savoir–faire. D’autres sociétés entrent bientôt dans la concurrence, parmi elles, la Société Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage fondée en 1880. De ce mouvement s’opère un fort développement de la gestion déléguée et la naissance de l’industrie Française de l’eau. L’assainissement des communes qui se développera plus lentement bénéficiera également du savoir-faire juridique et technique de ces sociétés.