L'histoire de l'eau
Histoire du service public de l'eau en France

A la veille de la Révolution

Il faut attendre 1781, pour voir à Paris la première expérience de service public de l’eau à domicile se concrétiser. Par lettres patentes de février 1777, les frères Périer, ingénieurs mécaniciens obtiennent du Roi l’autorisation : "d’établir et de faire construire à leur frais des machines à feu pour élever de l’eau de la Seine, et la conduire dans les différents quartiers de la ville de Paris, pour être distribuée aux porteurs d’eau dans les rues et dans les maisons aux particuliers, corps et communautés qui en désireront au prix convenu de gré à gré entre eux et les suppliants. De faire construire à leurs frais dans tous les lieux qui seront jugés convenables, des fontaines de distribution, pour faciliter à un prix modique l’approvisionnement des petits ménages et des particuliers qui ne jugeront pas à propos d’avoir chez eux des réservoirs. De placer sous le pavé tous les tuyaux de conduite, trappes, regards, puisards, robinets, et de faire toutes les constructions nécessaires à la perfection de l’établissement proposé par les suppliants." Un bulletin de souscription est édité : les abonnés recevront quotidiennement 260 litres d’eau environ. Ils seront livrés dans des réservoirs situés au bas des maisons. Le financement d’un réseau intérieur et d’un système de remontée de l’eau dans les étages que propose la société reste à leurs frais. Les frères Perier ne disposent pas de l’argent nécessaire à la réalisation d’un tel projet, c’est pourquoi ils créent l’année suivante une société qui prend le nom de Compagnie des Eaux de Paris. Son prospectus de présentation aurait été rédigé par Beaumarchais, administrateur lui-même. L’auteur y explique sa vocation de service public : "L’entreprise des machines à feu, pour donner à la ville de Paris autant d’eau qu’elle en peut consommer dans tous les cas possibles, a moins été, dans le principe, une spéculation d’intérêt qu’un grand acte de courage et de patriotisme.". La première pompe est installée en 1781 en face du Palais-Bourbon ; la seconde est inaugurée en 1788 au Gros Caillou. La société connaît malheureusement rapidement des déboires financiers. Les abonnements sont insuffisants compte tenu des investissements engagés. Outre le prix des tuyaux, le fonctionnement des machines nécessite une grande quantité de combustible. Surtout, les fontaines marchandes établies principalement pour apaiser la remuante corporation des porteurs d’eau, dissuadent beaucoup de Parisiens d’établir l’eau courante chez eux. Quand ils s’abonnent, il est très rare qu’ils investissent pour faire monter l’eau à l’étage. Les domestiques alors obligés de porter les seaux sont donc également hostiles à cette innovation. D’autre part l’entreprise des frères Périer, essuie beaucoup de reproches quant à la qualité de l’eau distribuée. Les machines sont en effet toutes deux situées en aval du débouché d’un égout. Mirabeau, "embauché" comme pamphlétaire par les adversaires du projet écrit à ce propos : "c’est verser son pot de chambre dans sa carafe". La polémique entretenue par Mirabeau et la spéculation dont elle fait l’objet achèvent la Compagnie des frères Périer. En 1788 l’entreprise en faillite, est reprise par la ville.