L'histoire de l'eau
Histoire du service public de l'eau en France

De l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle

La Rome antique qui distribuait de 300 à 900 litres par jour à chacun de ses citoyens, avait développé une importante administration pour gérer les 11 aqueducs, les 247 châteaux d’eau, les 967 bains publics, les 144 latrines publiques ou encore les trois grands égouts que comptera la cité à la fin de l’Empire. Cependant, on ne parlait pas encore d’"eau à tous les étages". La distribution à domicile restait une faveur particulière accordée par l’Empereur.

Dans les grandes villes Françaises du Moyen Age, l’eau n’est pas aussi abondante et sa gestion est plus aléatoire, mais cela ne signifie pas que les souverains s’en désintéressent. Très tôt apparaît l’idée d’une protection de ce besoin de première nécessité. Un édit de 360 punit d’une amende importante quiconque salirait ou corromprait par ses immondices les eaux d’une fontaine. L’idée de service public apparaît également dans de nombreux documents. En 1392 Charles VI, révoque par lettres patentes tous les branchements privés qui se sont établis plus ou moins licitement sur le débit des fontaines de Paris amoindrissant ainsi les quantités disponibles pour le reste de la population. Le roi indique à leur propos que, à l’exception de ses hôtels et ceux des princes de sang : "voulons et déclarons estre de nul effects, comme empétrées et obtenues par importunité, et contre le bien publique de nostre dicte ville de Paris…". Dans des lettres patentes de 1608 Henry IV déclare "préférer le bien et l’utilité public à la commodité des particuliers". Comme à Rome, le bénéfice d’une dérivation particulière est normalement le fait d’un privilège du souverain, pourvu, bien entendu que la source appartienne au domaine royal. En réalité, la politique des souverains oscille constamment entre la possibilité d’accorder des privilèges et le désir de satisfaire les besoins de la population. Les autorisations sont donc souvent supprimées unilatéralement au moment des sécheresses par exemple. Bien qu’il s’agisse du domaine royal, les échevins de la ville de Paris exigent également régulièrement des bénéficiaires qu’ils présentent leurs titres pour remédier aux abus et supprimer les concessions des particuliers tombés en disgrâce. En 1598, Henri IV accorde la première concession moyennant finance. Louis XIV dans son édit de 1694 portant règlement pour les sources et fontaines, choisit de légaliser les branchements de fait, moyennant le paiement d’une redevance.