L'histoire de l'eau
Histoire des traitements de l'eau

A l'origine la filtration

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle étaient apparus des filtres domestiques. Un inventeur, Amy, commercialisa à Paris des fontaines filtrantes individuelles sur couche de sable et éponges. Durant tout le XIXe siècle, différents modèles sont proposés au public, dont le filtre Chamberland inventé en 1881 qui rencontre un grand succès. À la fin du XIXe siècle l’ébullition apparaît comme le moyen le plus sûr d’éliminer les microbes. Mais ces procédés ne peuvent s’appliquer qu’à de petites quantités et supposent du moins pour les premiers, un entretien rigoureux. Or l’apparition des réseaux de distribution et l’augmentation des consommations amènent les élus à réfléchir à des systèmes de filtration centralisés. D’autant qu’à partir de la fin du XIXe siècle, l’augmentation des besoins consécutive de l’arrivée de l’eau dans les habitations, conjuguée avec un afflux de population vers la capitale, nécessite de compléter encore le volume des ressources et de réintroduire régulièrement de l’eau de Seine dans le réseau domestique. À l’échelle collective, Paris, avait à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, équipé ses fontaines publiques de systèmes de filtration. Des projets d’installation de bateaux filtrants sur la Seine avaient été présentés à la même époque. Mais à la fin du XIXe siècle, ces proudés ne sont plus adaptés. Or le principe de grands bassins filtrants sur sable ou charbon est connu depuis l’Antiquité. En Italie, on peut encore admirer, au palais des ducs d’Urbino, édifié au XVe siècle, un système assez important de terrasse-jardin recueillant les eaux de pluies, traitée ensuite sur des filtres à charbon. À cet égard, les Anglais redécouvrent au milieu du XIXe siècle, la filtration sur sable et la généralisent pour les eaux de la Tamise. Des visites dans des installations britanniques ne convainquent cependant pas les édiles Français. L’exemple d’une installation défectueuse dont s’est équipée la ville de Castres confirme leur jugement négatif. Mais À la fin du siècle, Humblot, successeur de Belgrand à la direction du service des eaux de Paris, après avoir mené ses propres observations, estime que la technique de la filtration a progressé et qu’elle est satisfaisante. C’est sans doute l’épidémie de choléra de 1892 et l’adaptation efficace du procédé par la Générale des Eaux dans son exploitation de la banlieue qui convainquent la ville d’adopter la filtration lente. En 1896, Paris construit des bassins filtrants dans son usine de Saint Maur qu’elle convertit en usine d’eau potable, alors qu’elle produisait jusque-là de l’eau réservée au service du nettoyage des rues. En 1900, l’installation d’Ivry subit la même transformation en prévision de l’Exposition Universelle.

La situation sanitaire de Paris s’améliore, mais les années 1898, 1899, 1900 subissent chacune une épidémie de fièvre typhoïde. Pourtant les procédés de filtration progressent. En 1898, Saint Maur fait précéder la filtration en elle même d'une décantation. En 1900, ces décanteurs sont remplacés par des préfiltres. Le procédé Anderson, éprouvé par la Générale des Eaux dès 1890 en banlieue de Paris améliore encore très sensiblement la qualité des eaux traitées. Cependant, sa mise en œuvre s’avère trop délicate et il n’est pas retenu par d’autres exploitations. Il s’appuie sur la coagulation des particules en suspension, par ajout de sels de fer. Les réactions annexes provoquées par le métal dépassent le simple procédé physique. Cette méthode oubliée préfigure les procédés contemporains de traitements.