Les études du C.I.EAU
Les Français et l'eau - 10 ans d'opinion et d'études - 1995 à 2005
Conclusion

Le prix loin derrière l'intérêt pour la qualité : convergences


La hiérarchie des centres d'intérêt ne diverge plus, c'est la qualité bien avant le prix pour tous.

Les médias, sur la période 1995/2000, étaient encore fort attachés à
la critique du prix de l'eau, alors que les consommateurs se préoccu-paient déjà plus de qualité.

Aujourd'hui, la compréhension de la structure de ce prix, de ce qui
le motive, de l'affectation des sommes aux différents intervenants s'étant améliorée, la presse s'est plus intéressée au coût pour la collec-tivité du fait des réglementations de plus en plus contraignantes,
en particulier à cause de la dépollution des eaux usées.

Les consommateurs, pour leur part, pensent que si augmentation « il y aura », outre l'inflation, elle sera due à la raréfaction de l'eau et à la po-llution (dépollution nécessaire) des ressources.

Certes, le prix est toujours perçu comme cher par une majorité (un peu en baisse) de Français, même si peu d'entre eux connaissent le montant de leur facture ou à fortiori le prix du mètre cube. La question du prix conserve cependant ses développements dans la presse, notamment
à travers les précisions données sur les différents modes de gestion et sur la disparité du prix selon les communes. Le discours s'est précisé et nuancé sur le constat que les conditions de production et de distribution peuvent expliquer ces disparités. Les disparités des prix critiquées par
la presse rejoignent en cela l’opinion souvent mitigée des consomma-teurs à l’égard de l’abonnement au service. Le reste des points de vue sur le prix procède d'options politiques. Globalement, le prix est de mieux en mieux accepté, surtout s'il est justifié par un bon rapport qualité/prix.

On retrouve bien dans l’opinion des consommateurs les effets de cette pédagogie, notamment le fait que la gestion municipale ne soit plus aussi systématiquement ressentie comme « moins chère », même si les régies gardent un avantage d'image sur ce point par rapport à la délégation
de service public.

Dans cette notion de prix s'insère aussi la question de l'accès à l'eau pour les plus défavorisés, dans le monde comme en France, et le rapport prix/accès, voire, droit à l'eau.

L'eau est devenue un enjeu de la politique sociale en France comme dans le monde.

Alors, entre l'opinion publique et l'eau, est-ce la bonne entente ?

Parler de l'opinion publique n'est pas un bon vocable car, nous l'avons vu, dans ce diptyque médias/opinion des Français se retrouvent des opinions parfois convergentes parfois divergentes.

D'un côté des Français qui connaissent leur privilège d'avoir une eau potable disponible qui ne leur apporte pas de maladie, voire pire la mort comme dans d'autres pays du monde, mais qui s'interrogent, doutent face à ce produit sans étiquette, mystérieux. Ils aiment leur eau et
le service qui leur apporte, ce qui ne les empêche pas d'être critiques
ou d'attendre des progrès. Mais, avant tout, ils veulent être informés.

De l'autre des médias qui informent de mieux en mieux sur l'eau mais oublient parfois la distance qui sépare leurs centres d'intérêt sur des thèmes nouveaux et ceux de leurs lecteurs. Entre la mission d'informer, d'alerter, de prendre position, l'équilibre est dur à trouver pour eux.
Le rapprochement entre consommateurs et médias quant à l'information sur l'eau doit s'améliorer. Il se réalisera par l'adéquation entre
les attentes d'information des uns et le discours des autres.

Nos études nous ont montré que le public n'attend pas de la presse qu'elle fasse le travail d'information sur l'eau qui est du ressort des opérateurs ou des pouvoirs publics, qui ont le devoir de les informer (contrôles, rapport sur la qualité, etc.) et qui doivent s'améliorer en ce domaine. C'est une répartition des responsabilités de l'information qui
ne peut que convenir aux médias.

Mais hélas, les consommateurs font, d'après les mêmes études, peu confiance à la presse en matière d’information, en particulier, sur
la qualité. Un sujet de réflexion pour les médias dont le discours, soit trop alarmiste ou événementiel sur le local, soit trop mondialiste s'éloigne des attentes des Français qui souhaitent des explications,
de la pédagogie, un regard critique pour se forger leur propre opinion.
De tous les enjeux de l'eau pour les décennies à venir, celui de l'information doit avoir une place à part entière.


Monique CHOTARD



 
  Introduction
  Une nouvelle perception de la ressource : plus de divergences que de convergences
  La qualité avant tout pour le santé : convergences et divergences
  Consommation : des divergences et quelques frémissements de convergence