Les études du C.I.EAU
Les Français et l'eau - 10 ans d'opinion et d'études - 1995 à 2005
L'eau dans les médias

La période 2000-2004



Pour la période 2000-2004, c’est sous l'angle du lien entre la qualité de l'eau et la question de la ressource que les choses ont très sensible-ment évolué en cinq ans.

La conscience de la mondialisation est passée par là, et l’eau est désormais totalement entrée dans le champ des enjeux internationaux. Son manque éventuel dans les années à venir est devenu un risque planétaire partagé au niveau individuel.

Le discours tenu par la presse dans les cinq dernières années suit trois tendances majeures :
- la mondialisation pour les enjeux de la ressource ;
- la politisation pour les enjeux de l'accès à l’eau ;
- la radicalisation pour les enjeux de la santé.

Sur tous ces points, on voit évidemment que le discours des médias
sur l'eau est influencé par le contexte social et la montée de certaines thématiques ou de certaines prises de conscience, qui concernent,
mais dépassent largement l'eau et dont elle subit les images.


DYNAMIQUE DE LA MONDIALISATION, L'EAU EST DEVENUE
UN ENJEU INTERNATIONAL : LA QUESTION DE LA RES-SOURCE


Nouveau siècle, nouvelle pénurie
Le passage dans le troisième millénaire n’a pas seulement représenté une rupture temporelle, il a aussi constitué une manière nouvelle
de s’inscrire dans l’espace. Le XXIe siècle a été marqué, dès son commencement, par la mondialisation. Cette évolution a évidemment marqué tous les domaines et celui de l’eau n’y a pas échappé.
La conférence de La Haye, tenue en mars 2000, a de ce point de vue valeur fondatrice. La conférence de Paris de mars 1998 avait certes déjà posé la question de l’accès de l’humanité dans son ensemble à l’eau, mais c’est au moment de la conférence de La Haye que s’exprime pour
la première fois avec autant d’intensité, l’intérêt médiatique pour ce qui est appelé à l’époque la grande soif du XXIe siècle.

Le monde occidental découvre que l’équilibre, ou plutôt le déséquilibre entre les pays développés et les pays émergents est tout particu-lièrement exprimé par le problème de l’accès à l’eau. Pour la première fois, des chiffres sont avancés : un milliard d’habitants de la planète sont privés d’eau. Tout au long des années qui suivent, ces chiffres seront redonnés, lors de la Journée mondiale de l’eau, chaque 22 mars.

Tout se passe donc comme si l’entrée dans le nouveau siècle était une façon de faire de la question de l’eau, de manière très explicite, un enjeu essentiel de la nouvelle ère. Les formulations retenues par la presse d’information sont fortement dramatisées. L’intention est de toute évidence d’éveiller les consciences : « L’eau, menace du XXIe siècle »,
« La planète eau est en crise », « L’eau est la bombe du prochain
siècle »… À partir de là, la notion de pénurie est lancée. L’eau est définitivement perçue comme une matière possiblement manquante.

L’eau porteuse de vie et de « mort planétaire »
L’eau fonctionne sur le plan géopolitique comme le pétrole dans
les années 1970. Elle relie le monde occidental développé au monde qui l’est moins, et porte les germes de conflits locaux à portée mondiale – tout particulièrement à partir du Proche-Orient. On retrouve bien
la valeur symbolique de frontière qu’a toujours eue l’eau : son aptitude
à séparer des territoires, voire des mondes.

La radicalisation là encore est évidente : notamment quand il est question, dans les mois qui suivent le 11 septembre 2001, de bio-terrorisme par infection de l’eau. Ce thème reste sporadique car il est lié uniquement à des actes délinquants, essentiellement des effractions dans des installations comme des châteaux d’eau. Mais ces incidents assez médiatisés sont le signe que l’eau peut apparaître comme capable d'apporter la mort. La mythologie s’étaie alors sur le réel et la presse, tout en rassurant, montre bien la vulnérabilité des hommes face à l'eau. Il en est de même au moment du tsunami de décembre 2004, où
la situation des rescapés dépend aussi largement de leur accès à l’eau potable.

Pour rester dans la profondeur des images mythologiques, l’on notera que l’eau (douce) garde une sorte de vitalité absolue, qui se réactive inlassablement. Le livre « Eau » de Michel Camdessus fait l'objet de nombreux articles, non seulement pour les alarmes qu’il lance, mais aussi, et bien que dans une moindre mesure, pour les espoirs qu’il propose, en particulier autour des technologies nouvelles de production d’eau propre.

Influence altermondialiste : l’eau des marchés mondialisés
Le début des années 2000 marque le succès montant des thèses altermondialistes, bien au-delà du seul mouvement militant.
La conscience du nouveau capitalisme et de l’internationalisation
des échanges vient directement du travail d’analyse critique des alter-mondialistes. Ces thèses sont diffusées très largement en France, notamment par le site et les publications d’ATTAC, et relayées non seu-lement par la presse de gauche, mais aussi par l’ensemble des news, et même de supports plus inattendus comme « Les Échos » par exemple.

Cette extension de la perception du local au global a de fortes con-séquences sur l’image des industriels de l’eau. Elle montre que leur activité, bien au-delà des problèmes franco-français, est totalement internationalisée, et pose donc leurs responsabilités. L’intervention
des groupes à l’étranger, même si elle reste quantitativement faible,
va dès lors entrer dans le champ de perception des journalistes,
et à travers eux, du grand public. Au fil du temps, on voit pointer
en effet un intérêt nouveau pour leur extension internationale, au-delà de la seule presse économique comme c'était le cas dans la précédente période.

Perçus comme très locaux au début des années 2000, on voit bien fin 2004 qu’ils suscitent l’intérêt par les contrats qu’ils remportent sur
des marchés étrangers. L’implication internationale des grandes firmes construit ainsi parallèlement deux images : celle d’entreprises tentcu-laires, assimilables à la world company dénoncée par l’altermondialisme. Celle, de plus en plus évidente, d’entreprises globales, mais qui finale-ment investissent beaucoup moins à l’échelle planétaire que les entre-prises de communication : 5 % des moyens contre 52 % avancent certains supports.

D’ailleurs, significativement, le désengagement des entreprises privées françaises de certains marchés étrangers est toujours mal perçu,
la presse reprochant aux industriels d’abandonner leurs missions.
Le cas de l’Argentine pèse là bien sûr de tout son poids, au début
de l’année 2004. Il peut aller jusqu’à faire évoquer la crise chez
les champions de l’eau eux-mêmes « Le Monde » et la nécessité pour
les groupes de se recentrer sur les marchés européens, c’est-à-dire
de réduire la voilure « La Tribune »…

Cependant, les liens qui se développent entre entreprises et ONG commencent à faire envisager autrement les industriels de l’eau et sont perçus comme positifs. Certains choix éthiques apparaissent ainsi totalement en harmonie avec la pure logique industrielle. Le mythe
de la toute puissance des géants de l’eau indifférents aux besoins, encore très actif il y a cinq ans, est donc aujourd’hui bien entamé.

Une dynamique analogique entre là-bas et ici qui se réactive régulièrement
Malgré l’ensemble de ces éléments, il faut remarquer tout de même que pour l’instant, l’internationalisation a encore des limites. Elle est le cadre nouveau dans lequel la question de l’eau se représente, mais reste plus qu’une véritable grille de lecture, un contexte. Dans cette représentation générale, l’eau du robinet – de son propre robinet – n’est jamais symboliquement coupée de l’eau dans le monde en général, du tiers-monde en particulier. Cela est lourd de conséquences dans la façon
de créer de l’analogie entre les problèmes du lointain et ceux du proche. Une eau polluée en Amérique du Sud sera désormais toujours reliée avec une eau polluée, même si c’est pour de toutes autres raisons, en Europe en général, en France (et en Bretagne souvent désignée). Des pauvres du tiers-monde sans accès à l’eau serviront aussi, au-delà de leur propre sort, à mettre en lumière le sort de personnes défavorisées en France.

Pour le reste, l’attention des médias se recentre dès qu’elle peut sur
le local et cela, non seulement dans la presse régionale, mais aussi dans la presse nationale. Typiquement, dès l’automne 2000, la question
de la ressource est redevenue très franco-française. C’est moins le manque d’eau à l’échelle planétaire qui est mis en avant que les pollu-tions circonscrites dans telle ou telle région. Ce jeu entre l’international et le local se reproduit chaque année après la journée clé du 22 mars, comme après un forum mondial, notamment Kyoto en 2003. Un pic de conscience internationale a lieu à la faveur d’un rapport d’étude (de la WWF ou de l’ONU ou d’une ONG…) ou d’un livre , occasions d’entretenir la dimension mondialisée et l’enjeu global de l’eau. Puis, la question de la ressource est recentrée sur tel ou tel phénomène circonstancié : la pollution des ressources dans l’ouest de la France en particulier.

Concernant la thématique traditionnelle du risque de sécheresse, qui a toujours eu son expression saisonnière à l’abord de l’été, il faut remarq-uer que l’internationalisation des choses lui a donné une nouvelle expression : celle du changement climatique qui, lui, ne se raisonne qu’à l’échelle planétaire, puisque perçu comme systémique – une conséquence du dysfonctionnement de l’écosystème global.


DYNAMIQUE DE LA POLITISATION, L'EAU EST DEVENUE UN ENJEU POLITIQUE : LA QUESTION DE L'ACCÈS À L'EAU

Une volonté humaine inscrite dans la durée
Une telle inscription de l’eau dans la mondialisation, même si elle a encore ses limites, a comme première conséquence de prouver – ce qui n’était pas le cas il y a cinq ou dix ans – que l’eau ne « tombe pas du ciel », mais provient de la production humaine organisée. Elle se défait donc de son image de bien naturel infini. Elle est finie, limitée, relève de politiques précises, par rapport auxquelles on peut prendre position. Au début
des années 2000, l’eau est devenue elle-même un objet et un enjeu politiques.

Montrant si bien le décalage entre pays développés et pays émergents, elle matérialise des choix et des possibilités très concrets, émanant d’entreprises, et au-delà d’elles, ce qui est plus nouveau, de gouverne-ments. Les choix politiques dénoncés par les journalistes peuvent en effet être d’ordre purement industriel relevant des grandes firmes.
Mais ils peuvent aussi être ceux de gouvernements : gouvernements occidentaux qui n’organisent pas assez leur aide au tiers-monde ; gouvernements des pays pauvres dont la mauvaise gouvernance,
la propension à gaspiller les aides occidentales, voire à détourner
les fonds, est fustigée. Ainsi, en mars 2004, les journaux français
se font l’écho de l’étude d’une agence onusienne qui pointe ces dérives, avançant le chiffre de 30 milliards de dollars par an partis en fumée.

Toutes ces interpellations et dénonciations servent en creux à construire la réalité d’une eau directement rattachée à une forme d’intentionnalité humaine. Du coup, le concept de développement durable, particulièrement médiatisé au moment du Sommet de Johannesburg (fin août 2002), peut venir s’appliquer à l’eau. La dimension du long terme est donnée. La menace est explicitée, mais elle est aussi cadrée et donc relativisée comme conséquence d’une visée précise. Quand les médias disent que la moitié de la planète manquera d’eau dans 30 ans si rien n’est fait, ils affirment du même coup que quelque chose peut être fait… Et, d’ailleurs, parfois l’illustrent, comme lorsqu’un reportage de TF1 montre qu’en Afrique des opérations de développement durable permettent déjà à des milliers d’habitants de boire une eau saine.

L’eau comme métaphore de l’injustice sociale
Dans un contexte général qui manque de grands cadrages idéologiques, la question de l’eau se met ainsi à prendre le statut de cause politique au sens contemporain de ce terme. Elle en présente en effet les principales caractéristiques. Elle est tout d’abord universelle, c’est-à-dire capable d’intéresser le monde entier, presque autant qu’une guerre…
Les descriptions des délégués internationaux dans les couloirs de Kyoto, au moment du troisième Forum de mars 2003, pris entre leurs débats sur l’accès à l’eau du milliard de personnes qui en sont encore privées
et les premières images de la guerre en Irak, montrent bien que les deux sujets, via les médias désormais mondialisés, ont valeur de causes planétaires et sont tous deux porteurs de mobilisation globale.

L’eau est donc aussi un enjeu politique parce qu’elle peut être brandie
en symbole de l’injustice sociale : injustice entre les deux mondes (développé et non développé) et – dynamique analogique oblige – injustice entre pauvres et riches en général. L’eau est en quelque sorte conductrice de fracture sociale. Elle permet en fait d’en donner
une expression concrète très parlante : au milliard d’habitants mondiaux n’ayant pas accès à l’eau, si cette proportion était reportée en Europe, elle correspondrait à 120 millions d’Européens privés d’eau potable
et de tout-à-l’égout comme l’expliquent certains médias.

L'émergence d'un droit à l’eau
Au final, il est normal dans cette logique que l’accès de tous à une eau saine devienne un « droit de l’homme », ce que demande l’ONU et certaines personnalités comme Danielle Mitterrand. À lire la presse,
on peut discerner qu’à la fois, ce thème structure désormais tous
les esprits, mais qu’en même temps, il n’est pas explicitement relayé
par les journalistes.

La notion de droit à l’eau dit bien l’orientation qu’a prise la question en quelques années. De ressource naturelle, élément disponible, l’eau est devenue la finalité d’un accès qui reste difficile. Elle est considérée –
et la formulation même en est la preuve – non plus à partir d’elle-même, mais du point de vue de celui à qui elle s’adresse : l’individu, le citoyen. L’eau, en tout cas sur le plan psycho-sociologique, est considérée comme un besoin humain de base.

La question du prix, se pose autrement
En France, la question de l’accès à l’eau potable fait ré-émerger
la question du prix, nettement moins médiatisée ces dernières années que la question, comme on va le voir, de la qualité. Significativement,
la presse consumériste qui avait l’habitude de produire, au moins une fois par an, un gros dossier – fortement relayé – sur le prix de l’eau, consacre ses investigations et ses indignations à la question
de la qualité.

Toutefois, lorsqu’elle réapparaît, la question du prix prend deux formes très précises.

La première concerne la disparité des tarifs. L’injustice sociale tient
à des situations géographiques différentes. On notera que la remise en perspective du prix à l’intérieur de l’Europe, qui situe la France dans
le peloton de tête des pays les plus chers, ne dépasse guère le cercle étroit de la presse économique.

La seconde replace la question du prix dans la question plus générale des modes de gestion par les communes : délégation ou régie. L’évolution sur ce plan tient au fait que les choses en quelques années ont continué de sortir d’une conception consumériste pour aller vers
une conception ouvertement politique. Les réorganisations juridiques en cours depuis 2002 et le lancement du projet de loi sur l’eau y sont pour beaucoup. Mais il faut prendre aussi pleinement en compte l’influence
des thèses altermondialistes, pour lesquelles la consommation est
une thématique politique à part entière. La question du prix apparaît, sous cet éclairage, comme une conséquence du type de gestion, privée ou municipale, de l’eau. Cet aspect des choses semble intéresser de plus en plus la presse locale comme la presse nationale, comme si le thème avait été élevé au rang d’enjeu crucial par les travaux de groupes comme ATTAC. On retrouve d’ailleurs significativement sur ces sujets le couple mythologique David contre Goliath pour figurer le petit opérateur contre le gros, exactement dans la ligne du symbole altermondialiste de Porto Alegre contre Davos.

Pour le reste, le discours de la presse reflète la complexité des choses et donc l’impossibilité d’être manichéen. Les commentaires des journalistes ne sont pas a priori négatifs vis-à-vis des délégataires privés. Si la commune – et ses consommateurs – y ont intérêt, la presse quotidienne régionale peut se réjouir de ce que l’eau ne soit pas municipalisée
« Ouest France », comme un titre économique peut saluer la baisse
du prix grâce à la gestion d’une régie « La Tribune ». Cette objectivité nouvelle n’est pas sans rapport avec l’évolution de la notion de service public, que la presse utilise peu – sauf lorsqu’elle est fortement idéologique –, mais dont elle sait qu’elle peut désormais être une finalité d’entreprise privée aussi bien que d’entité publique. Par ailleurs, l’État a été ces dernières années, interpellé dans ses défaillances sur la question de l’eau, et la presse, quelle que soit son obédience, a pu s’en faire l’écho.

Au final, les responsabilités respectives des différentes parties prenantes sont mieux perçues, l’élu en particulier est l'acteur devenu central.
Il reste aux journalistes, encore très prompts, à dénoncer l’opacité
du système, à mieux relayer le fait que les grands groupes se sou-mettent à un fonctionnement multipartite, démocratique et transparent, hors de situation de monopole ou d’hégémonie.


DYNAMIQUE DE LA RADICALISATION, L'EAU EST DEVENUE
UN ENJEU DE SANTÉ : LA QUESTION DE LA QUALITÉ


Du risque sanitaire global aux pathologies précises
Depuis les catastrophes sanitaires, vache folle et dans une moindre mesure légionellose et maladies nosocomiales, la sensibilité aux risques pour la santé n’a cessé d’augmenter dans l’opinion. L’on peut même dire qu’en cinq ans, la qualité de l’eau est devenue une question de santé à part entière. La rhétorique journalistique a changé. Sous ce thème aussi, elle décline désormais ses thématiques du point de vue des individus-consommateurs. Ce sont donc moins les composantes de l’eau qui structurent le discours que les pathologies qu’elles peuvent provoquer. Les journalistes mettent moins l’accent sur la présence ou le taux de plomb, de nitrates, de pesticides dans l’eau que sur les liens qui peuvent s’en déduire avec des maladies précises. Il n’est donc plus rare que des dossiers soient consacrés à des thèmes comme aluminium et Alzheimer, pesticides et cancer, plomb et saturnisme…
Dans cet ordre d’idées, parfois la dimension fantasmatique joue à plein : quand s’établissent des liens entre qualité de l’eau et échec scolaire par exemple. Ou quand le risque de stérilité, lié hypothétiquement aux pes-ticides, se prolonge en risque d’hermaphrodisme de l’humain, à l’instar de celui des grenouilles.

Cette radicalisation – précision, explicitation – du propos n’est pas liée
à la seule question de l’eau. Elle est générale sur le thème santé, qui ne cesse de prendre de l’importance dans l’espace public et qui a perdu tout euphémisme. Le cancer en particulier, mais aussi les maladies cardio-vasculaires ou les maladies neuro-dégénératives sont très parlées dans une société vieillissante et structurée par une idéologie de la prévention. Ce discours de responsabilisation a éliminé en revanche le discours sensationnaliste et peu crédible qui sévissait, il y a quelques années, autour d’affirmations comme « l’eau est un poison ».

Dépollution : nouvelles sensibilités et principe de précaution
C’est dans cette logique qu’est envisagée la question du traitement
des eaux usées, qui prend de plus en plus d’importance, preuve que
le métier de l’eau est mieux connu et plus volontiers qu’il y a quelques années, envisagé dans son cycle de production. L’effet pervers évidem-ment d’une telle connaissance est que la presse fait passer dans l’opinion, du même coup, la conscience du « retour » de l’eau évacuée dans le cycle de la consommation. Dans ce cas, il est significatif que certaines outrances puissent s’exprimer : ainsi quand il est annoncé
à la radio que les Anglais consomment tellement de Prozac que l’eau
du robinet londonien en présente des traces.

Parallèlement, la menace pour la santé est envisagée à propos d’un nouveau thème : les boues d’épuration. Ce que les journalistes relaient, c’est l’inquiétude devant l’avenir, les conséquences négatives éventuelles sur la présence dans l’environnement de ces boues et de leur utilisation en agriculture.

D’une façon générale, le thème de l’assainissement et de la dépollution est bien relayé et d’une façon positive. L’exigence là bien sûr est celle
de la maîtrise. En s’industrialisant, cette dimension du cycle de l’eau doit souscrire aux impératifs du contrôle. La moindre défaillance est repérée et dénoncée. Cette thématique n’est pas encore « dramatisée ».
Elle contient cependant en elle tous les ingrédients qui le permettraient. L’on peut donc avancer l’hypothèse qu’elle constituera un sujet sensible dans les années à venir. Un des indices de cette évolution peut se lire dans le recours à la notion de principe de précaution, appliqué dans
ce domaine, et qui a plutôt valeur d’alarme que de réassurance.

Dénonciation globale et fatalisme
Pour l’ensemble de ces raisons, le discours journalistique apparaît moins comme une responsabilisation que comme une dénonciation des risques. Il met en valeur les conséquences négatives de la dépollution des eaux usées et ses sources d’insécurité éventuelles, mais ne désigne pas vraiment de responsables précis. Le sentiment général semble être celui d’un certain fatalisme, peut-être du fait même que la responsabilité reste dispersée : agriculteurs, politiques, industriels déversant leurs déchets dans les rivières… jusqu’aux citoyens eux-mêmes, parfois montrés du doigt. De plus, les journalistes semblent reprendre mimétiquement l’humeur des élus dont ils parlent. Comme si personne ne croyait vraiment à une réelle volonté institutionnelle d’améliorer les choses.

Aucune voix ne s’élève dans le personnel médiatique pour se substituer au personnel politique, en interpellant l’État, même si celui-ci est montré défaillant dans sa mission de contrôle, notamment vis-à-vis des agriculteurs. De façon emblématique, le projet de loi sur l’eau fait souvent l’effet aux journalistes d’être noyé par les lobbies.

La pollution des terres agricoles françaises est bien sûr un thème très présent, surtout dans la presse quotidienne régionale. Il forme plutôt une trame de fond, susceptible de se réanimer à chaque épisode
de pollution ou à chaque étape du projet de loi sur l’eau.

L'eau du robinet anoblie : vers une équivalence eau du robinet/eau embouteillée ?
Enfin, et cela est très nouveau par rapport à la situation d’il y a cinq
ou dix ans, l’eau du robinet et l’eau en bouteille se rejoignent de plus
en plus. La condition pour cela est évidemment que tout problème d'altération de l'eau au robinet soit exclu. Si le moindre soupçon est porté sur l’eau du robinet pour des raisons qui tiennent à l’environ-nement, alors la défiance est créée, car l'eau reste intimement liée
à l'image de son environnement et à l'imaginaire d'une nature antérieu-rement parfaite. Mais hors de cela, l’eau du robinet s’est de toute évidence anoblie ces dernières années, en particulier en assumant et en exploitant ses composantes. N’étant plus un élément « insécable», totalisant, elle s’est fragmentée, acceptant que l’on parle de ses équi-libres, de ses dosages. Le cas typique est celui du calcium. Sur le plan
de la perception des choses, il est évident que boire une eau riche en calcium, plutôt qu’une eau dite calcaire, crée un geste de consommation éminemment plus positif. La présence de minéraux dans l'eau du robinet est une information que la presse a largement intégrée désormais.

Il faut remarquer que le processus de rapprochement entre les deux eaux se fait aussi à partir de l’eau embouteillée. Depuis mi-2003,
les eaux en bouteille ne sont plus présentées comme exemptes d'un risque de pollution et peuvent être dénoncées sur le même mode que l’eau du robinet.

Sur le marché de l’eau embouteillée, comme sur les autres marchés,
les consommateurs se mettent à bipolariser leur consommation entre produits actifs et produits basiques. Ce qui fait émerger, d’une part, l’idée d’une eau à fort bénéfice santé car chargée d’ingrédients actifs et, d’autre part, celle d’une eau bon marché sans vertu particulière.
De ce point de vue, une eau minérale marque de distributeur peut apparaître comme dénuée de toute valeur ajoutée par rapport à l’eau
du robinet, et donc illégitime à demander un prix plus élevé.

Le lancement d'une campagne de publicité sur l'eau du robinet par
un grand syndicat intercommunal est venu renforcer ce rapprochement avec les eaux embouteillées, d'une part parce que l'eau du robinet n'avait presque jamais bénéficié d'une publicité la présentant comme
un produit de consommation, et d'autre part parce que le thème même de la campagne évoquait une publicité comparative. Cette campagne
a été très commentée dans les médias nationaux malgré son caractère local.


LE C.I.EAU DANS LES MÉDIAS : PROFESSIONNEL/PARTENAIRE

Le C.I.EAU est sans aucun doute devenu un partenaire à part entière des journalistes.

Ils le consultent et l’utilisent. Les différents supports qu'il édite sont bien relayés.

Sa dirigeante est très régulièrement interviewée dans tous types
de média, des grandes chaînes nationales aux radios locales. Certains journaux conseillent à leurs lecteurs de se mettre eux-mêmes directe-ment en rapport avec le Centre. Il faut noter que les nouveaux venus, notamment les gratuits, ont embrayé le pas des journaux traditionnels, et que même un support atypique comme « Charlie Hebdo » peut consulter le C.I.EAU…

Une contestation, cependant, montre bien, en creux, la condition
de crédibilité pour le C.I.EAU : son indépendance par rapport à d’autres sources d'information. Lorsqu’une collaboration avec l’INC a été réalisée en janvier 2004, pour l’émission CONSOMAG, le soupçon a été porté par deux voix significatives : « Arrêt sur images » (France 5) et « Le Canard enchaîné ». Même si la mise en cause, ne nommant pas les partenaires de l'émission, concernait plus l'INC que les partenaires eux-mêmes,
cet incident montre bien que le C.I.EAU est attendu sur la transparence et la technicité de son propos, qualités qu’il a su faire émerger. D'autres partenariats avec « Le Journal de Mickey », par exemple, n'ont soulevé aucune critique.

D’une façon plus précise, on comprend, au travers de leurs articles,
que les journalistes attendent trois choses du C.I.EAU, qu’ils ont de plus
en plus demandées au cours des dix ans écoulés : de la pédagogie,
de la sociologie et de l’information santé.

La demande de pédagogie
Les journalistes ont bien compris que le C.I. EAU pouvait les aider dans l'exercice de leur métier. Ils attendent de lui une information précise et argumentée, qu'ils pourront s'approprier afin de la transmettre vers leurs publics. Le contrat qu'ils demandent est d'ordre pédagogique.

Ils ont de toute évidence le désir d'apprendre des choses sur l'eau.
Le sujet est devenu multithématique et le C.I.EAU semble leur fournir
de quoi répondre à leur curiosité.
Les références au C.I.EAU en tant que source dans de nombreux articles et les larges citations recueillies par les publications éditées par le Centre sont l'iIlustration d'une reconnaissance de son apport pédagogique.

On remarquera que les journalistes médicaux sont exactement dans
la même posture, sur les thèmes précis qui les intéressent. La création de l'antenne MEDIC'EAU a répondu visiblement à leurs attentes. Aucun signe de défaut de crédibilité de la part du C.I.EAU, dont la médecine n'est pas la spécialité initiale, n'est apparu.

Il est évident que si l'eau est intéressante aux yeux de la presse, c'est bien sûr qu'elle l'est d'abord aux yeux du public. Ueau ne serait pas autant traitée par les médias, et selon cette logique de transmission
de savoir, si elle ne correspondait pas à une attente aussi de la part
des citoyens-consommateurs.

La demande de sociologie
Le bon relais des enquêtes commanditées par le C.I.EAU - Baromètre SOFRES annuel, étude IPSOS/MEDIC'EAU ponctuelle - est par ailleurs un signe fort de la confiance allouée. Non seulement la presse ne soupçonne nullement le principe de telles investigations, mais elle s'en montre extrêmement friande. Elle reconnaît donc volontiers que la connaissance du grand public est là du côté du C.I.EAU : c'est lui qui devient l'expert de l'opinion sur l'eau. Et elle attend dès lors de l'information de type sociologique.

Le réel du lien des Français à l'eau lui permet de produire des papiers ou des émissions sur un thème devenu central et significatif d'une facette de la société en général.

Les différentes données chiffrées sont donc chaque année largement diffusées, et cela dans tous les types de supports: régionaux, nationaux, audio-visuels comme écrits, presse d'information comme presse magazine, et dans celle-ci jusqu'aux féminins les plus pratiques
« Femme actuelle », « Côté femme »...

La demande d'information santé
Enfin, il est clair, lorsqu'on regarde de plus près les thèmes de question-nement relayés par la presse, que l'intérêt pour la santé qui concerne, on l'a dit plus haut, le corps social tout entier, se ressent dans
les sollicitations des journalistes auprès du C.I.EAU.

Les lecteurs ou téléspectateurs, qui par ailleurs lisent de la presse santé ou des rubriques santé nouvellement créées dans la presse généraliste, ou encore font un succès d'audience à des émissions comme Le journal de la santé de France 5, devenu significativement quotidien en 2005, sont de toute évidence en demande d'informations touchant aux rapports entre l'eau et leur corps, leur santé.

De ce point de vue, le C.I.EAU a pris une place à part, surtout depuis
la création de MEDIC'EAU et c'est pour cette compétence spécifique qu'il est souvent questionné.

Deux signes peuvent pour l'instant en attester. Le premier tient au fait que l'imagination fantasmatique - très prompte traditionnellement à s'exprimer sur l'eau - laisse la place à une nouvelle forme de rationalité. L'exemple emblé
matique est celui de l'évolution de l'eau calcaire en eau chargée de calcium, qui semble acquise auprès des journalistes.

Le second, dans le même esprit, est le fait que certains conseils pratiques sont bien relayés et crédibilisés, comme les conseils, souvent répétés, de rafraîchir son eau pour en atténuer le goût de chlore, de ne pas utiliser l'eau chaude pour préparer les aliments ou de se laver souvent les mains pour éviter la transmission de germes.

Ces trois dimensions accréditent donc bien le C.I.EAU comme lieu diffuseur de savoir, savoir sociologique, technique, pratique, médical.
Ce rapport de partenariat à la presse ne devrait que demander, de la part de cette dernière, à s'accentuer dans les années à venir, puisque, comme en font état les journalistes eux-mêmes: 66% des Français s'estiment encore mal informés, selon le baromètre SOFRES/C.I.EAU.




 
  Introduction
  Rappel des tendances de la période 1996-2004