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Sur cette période, quatre principales tendances restent fortes dans le discours actuel à des nuances près, parfois notables, que nous analyserons plus loin.
LA QUALITÉ AVANT LE PRIX
• L’eau du robinet est entrée dans le champ des produits
Les journalistes font de plus en plus état de la réalité, à savoir que l’eau du robinet est un produit traité qui nécessite des interventions techni-ques pour sa production comme pour sa distribution. L’eau du robinet
a acquis le statut de bien de consommation et en conséquence
les attentes de qualité l'emportent sur celles du service. Ainsi, l’eau
du robinet commence à entrer en concurrence avec l’eau embouteillée. Néanmoins, durant cette période, il est rare qu’une comparaison des prix soit menée entre les deux types d'eau.
• La qualité est l'attente centrale
Le nombre d’articles consacrés à la qualité ne cesse d’augmenter
au détriment de ceux sur le prix. La qualité est devenue une exigence première, qui ne se pose plus seule-ment en termes organoleptiques mais aussi en termes de sécurité alimentaire et de santé. La presse devient très exigeante à l’égard de l’eau du robinet et surfe sur la vague des préoccupations montantes de la sécurité alimentaire, projetée sous les feux de l'actualité par les alertes sur la viande avec l'ESB ou sur
les fromages avec la listériose.
• Le discours oscille entre alarme et réassurance
L’alarmisme est cyclique, régulièrement contrebalancé par la réassurance. Au final, le discours semble cependant favoriser la suspicion, plus événe-mentielle. D’une façon générale, un support lance une information ou une enquête qui dénonce, et les autres réagissent soit en suren-chérissant, soit en dédramatisant. Un amalgame est fait très souvent entre la pollution de la ressource et la pollution au robinet comme si l'eau de consommation n'était ni traitée ni contrôlée.
Les ambiguïtés liées au statut de produit industriel : progrès et danger
L’eau du robinet est considérée comme un produit de la modernité industrielle. Perception positive : cette « industrialisation » est rassu-rante car indispensable ; perception négative : elle est soupçonnée d'altérer par le traitement une eau désirée dans son origine « nature ».
LE PRIX UN THÈME SENSIBLE MAIS CHANGE D'OBJET
Bien que l'acceptation du prix de l'eau par les particuliers soit encore en discussion, il quitte la dimension individuelle pour se placer sur un plan collectif. Il suffit qu’un support réactive la thématique du prix pour que l’ensemble de la presse la reprenne. Ainsi, jusqu’au milieu des années 1990, le prix de l’eau est essentiellement le prix de la facture. La presse adopte globalement un point de vue consumériste et défend l’usager en particulier, contre les sociétés de distribution perçues comme facteur de cherté. Parallèlement, sur l’ensemble du discours, le contenu du « prix de l'eau » se clarifie et le lien entre prix et traitements, à la fois pour l’eau potable et pour les eaux usées, s’établit.
• Le coût pour la collectivité devient un thème important
Surtout et c'est nouveau, le prix mis en question est moins celui de l’eau en tant que telle que celui des équipements désormais nécessaires pour que l’eau soit consommable. Comme ils ont défendu les intérêts des usagers, les médias se mettent à défendre les intérêts des communes
et se préoccupent du coût collectif. Les médias nationaux ajoutent à
cet aspect des choses la question de la mise aux normes européennes de la France (pour le plomb en particulier).
Reste que face à l'eau imaginaire, « don de la nature », le prix de l'eau reste encore mal accepté, surtout lorsqu'il est dans le secteur marchand des entreprises en délégation. Secteur public et secteur privé sont mis en opposition
au travers de deux modèles économico-politiques.
LA CRÉATION DU LIEN QUALITÉ/ RESSOURCE/DISPONIBILITÉ
Le lien de causalité émerge entre les déséquilibres dans la composition de l'eau de consommation (trop de nitrates, de pesticides…) et l’origine polluante. Ce sont surtout les agriculteurs qui sont accusés ainsi que
les industriels, mais commence à poindre le fait que les consommateurs se sentent également responsables de la pollution de l'eau par
leurs rejets.
• Une pollution dont on prend conscience qu'elle épuise la ressource en eau
Les médias font le lien entre qualité et disponibilité de l’eau. Polluer ne signifie plus salir son environnement proche, mais mettre en danger les ressources pour les générations à venir et pour l’ensemble
de la planète. L’eau est considérée comme un bien limité et une ressource précieuse.
• Le risque de manque, un défi à l'échelle planétaire
La question du manque d’eau commence à se poser à l’échelle mondiale et la presse prévoit que le manque d’eau sera l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle.
Dans cette internationalisation des perceptions, le manque s’envisage
de moins en moins à l’échelle locale. Le manque possible pour demain
est mis en relation avec l’usage ici et maintenant.
IMPRÉCISIONS SUR LE MÉTIER DE L'EAU
• L’innovation technologique pour l'eau intéresse…
La dimension novatrice du métier de l’eau intéresse tout spécialement
les médias (filtration sur membrane, puce ADN, ouverture d’usines
« révolutionnaires »…). Elle est présentée favorablement comme
une spécificité de l'industrie française de l'eau, qui lui vaut des succès
à l'international.
… et pourtant, les techniques sont mal connues.
Cet intérêt reste global, les différents stades de la production de l’eau font l’objet d’explications peu précises, voire même erronées. La presse ne parvient pas à expliquer au public le cycle industriel de l’eau. De nombreuses confusions de langage se retrouvent dans le discours :
les termes station d'assainissement ou d'épuration de l'eau servent
à désigner les usines pour l'eau potable alors que ce sont des usines
de dépollution des eaux usées. Entre méconnaissance et piège
du langage technique, la tâche n'est pas aisée pour les journalistes.
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