Perchlorates dans l'eau : un premier bilan…

Par le Centre d'information sur l'eau, le mardi 15 janvier 2013 09:20

 Perchlorates dans l'eau : un premier bilan…

La mobilisation immédiate des pouvoirs publics et des professionnels de l’eau

A l’occasion de la découverte de taux élevés de ce composé chimique, en juillet 2011, dans des sources de captage d'eau potable de la Communauté urbaine de Bordeaux, le méconnu « perchlorate d’ammonium » a fait les gros titres.

La constatation de taux allant jusqu'à 30 microgrammes par litre dans des zones de captage d'eau potable a conduit les pouvoirs publics à décider de l'arrêt de certains pompages. Dans le cadre de leur programme d’analyses d’auto-surveillance sur la région Nord-Pas de Calais, les entreprises délégataires ont ensuite mis en évidence des traces d’ion perchlorate dans certains captages.

Nous sommes aujourd’hui à l’heure de la publication des premiers résultats de la campagne de mesure qui avait été ancée par les pouvoirs publics (Agences Régionales de Santé) en réponse aux questions posées par la présence de traces de perchlorate dans l’eau.

Alors maintenant que savons-nous de ce fameux « perchlorate » ?

Perchlorate d’ammonium : carte d’identité

Le perchlorate d’ammonium est un composé qui présente de nombreuses applications industrielles notamment dans le domaine militaire et l’aérospatiale On le trouve ainsi dans :

- les propulseurs de fusées ;
- les dispositifs pyrotechniques, des fusées éclairantes et des explosifs
- en petite quantité, dans la poudre de certaines armes à feu ;
- dans les systèmes de déclenchement des « airbags » ;
- pour la fabrication de chandelles à oxygène utilisées en milieux clos
 (cabines d’avions…) pour des applications civiles et militaires ;
- comme composant d’adhésifs temporaires pour des plaques métalliques ;

Une contamination de l’eau destinée à la consommation humaine ?

L’épisode de 2011, dans la région bordelaise, est lié à une pollution ponctuelle provenant du site d’uneancienne poudrerie où le perchlorate d'ammonium avait été utilisé depuis plus d'un siècle. Des taux de 30 µg/L avaient alors été retrouvés au niveau des captages.

Depuis, des traces d’ion perchlorate ont également été retrouvées dans deux départements du Nord sans qu’une source précise de pollution soit ici identifiée, mais il semblerait que les nombreuses munitions tirées lors de la Première Guerre mondiale, et toujours enterrées, puissent en être responsables.

Avant ce problème, en France, l’ion perchlorate n’était pas recherché lors du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine, il n’existe donc aucune donnée antérieure le concernant.

Des données fournies par les Agences Régionales de Santé (ARS) Midi-Pyrénées et Aquitaine, reprenant des résultats d’analyse réalisées par l’ancienne poudrerie, montrent, quant à elles, au robinet du consommateur, entre octobre 2006 et janvier 2011, des concentrations maximales en ions perchlorate de 11 μg/L.

Les premiers résultats de la campagne de mesure réalisée dans les départements du Nord et du Pas de Calais, publiés à l’automne 2012, montrent des traces de perchlorate à un taux supérieur à 15µg/L dans un nombre limité de communes (un peu plus de 7% de l’échantillon). 

Surveiller l’eau oui, mais…n’oublions pas la contamination via l’alimentation…

Il n’existe pas de données françaises concernant la contamination alimentaire par les ions perchlorate. Les principaux résultats disponibles sont issus de publications venant des États-Unis.

Des données de contamination (2006) y détectent des ions perchlorate dans les aliments et les boissons (fruits, légumes, produits laitiers…) parmi 350 échantillons avec des concentrations qui peuvent atteindre des valeurs de l’ordre de 400 µg/kg. Ces résultats étaient confirmés en 2009 pour des fruits et légumes.

Une large enquête de la Food and Drug Administation (FDA) a, elle aussi, mis en évidence la présence d’ions perchlorate dans de nombreux aliments (produits laitiers, œufs, huile, fruits, légumes, viande, sucre…), ils étaient détectés dans 59 % des échantillons.

Cette dernière enquête indique que les aliments les plus contributeurs de l’exposition alimentaire sont les produits laitiers (29-51 %) pour les enfants (2, 6, 10 et 14-16 ans). Chez les adultes, les légumes sont les aliments les plus contributeurs (26-38%).

Quelques points de repères chiffrés retrouvés dans ces travaux.

Aliments : concentration moyenne (µg/kg)

Lait : 5,8
Salade iceberg: 8,1
Salade verte : 10,6
Epinards : 115
Chou : 95,1
Concombre : 19,1
Tomate : 78
Melon : 28,6
Orange : 3,4
Raisin : 0,5

Quelle évaluation de toxicité ? 

Une cible « privilégiée » : la glande thyroïde… 

Les effets des ions perchlorate observés chez l’Homme et chez l’animal sont essentiellement identifiés sur la fonction de la glande thyroïde. Les études réalisées chez l’Homme par ingestion de perchlorate de potassium via l’eau de boisson montrent que les ions perchlorate sont rapidement absorbés au niveau de l’appareil digestif puis sont rapidement distribués dans l’organisme, notamment vers la thyroïde. Ils peuvent y interférer avec le métabolisme de l’iode.

Si la survenue d’un risque lié à une toxicité aigüe de l’ion perchlorate est faible, des essais ont évalué sa toxicité « subchronique » chez le rongeur, au décours d’une exposition via l’eau de boisson. On a pu observer des perturbations de la régulation des hormones thyroïdiennes, induisant une hypertrophie et une hyperplasie des cellules du follicule thyroïdien, et une augmentation du poids de la thyroïde.

Sur le long terme, l’administration sur 24 mois de concentrations de 1 à 1,2 % de perchlorate de potassium et de perchlorate de sodium chez le rat et la souris a montré la formation de tumeurs thyroïdiennes.

L’Académie des Sciences Américaines (NAS, 2005) a cependant noté que, sur la base des connaissances de la biologie des tumeurs thyroïdiennes chez l’Homme et le rongeur, il est peu probable que les ions perchlorate soient à l’origine d’un risque de cancer de la thyroïde chez l’Homme.

  • Les quelques rares informations disponibles à partir d’études chez des animaux ne suggèrent pas que les ions perchlorate soient mutagènes ou clastogènes. Aucune étude de génotoxicité chez l’Homme n’a été recensée suite à une exposition aux ions perchlorate par inhalation, par voie orale ou par voie cutanée.
  • Compte-tenu de l’immaturité de leur thyroïde, les sujets à risque sont donc les fœtus et les nourrissons.

 

Quelle évaluation épidémiologique du risque ?

Dans son rapport de 2005, le National Academy Press (NAS) recense les études épidémiologiques qui ont étudié les associations possibles entre une exposition aux ions perchlorate dans l’eau de boisson à des concentrations comprises entre 4 et 120 μg/L et la survenue de pathologies thyroïdiennes. L’ensemble de ces études ne permet pas de mettre en évidence un lien de causalité.

Finalement, les études épidémiologiques environnementales ne sont pas retenues pour la caractérisation du danger du perchlorate d’ammonium dans l’eau destinée à la consommation humaine.

Dans une revue publiée en 2010, il est conclu que les études épidémiologiques relatives à l’exposition environnementale aux ions perchlorate n’apportent pas de preuves robustes concernant leurs effets nocifs sur la fonction thyroïdienne (modification des niveaux de concentrations des hormones thyroïdiennes ou hypothyroïdie congénitale du  nouveau-né).

  • Classification sur la cancérogénicité : le perchlorate d’ammonium n’est classé cancérogène par aucun organisme international.

Une réponse immédiate des pouvoirs publics, la mobilisation des professionnels de l’eau…

  • A ce jour, ni l'Organisation Mondiale de la Santé, ni l'Union Européenne, ni aucune autre autorité n'ont fixé de norme maximale internationale quant à l'ingestion d’ion perchlorate.
  • Une application rigoureuse du principe de précaution a entrainé, à Bordeaux, l'arrêt des pompages concernés écartant ainsi les risques éventuels pour le consommateur.
  • En France, suite aux questions soulevées par la mise en évidence de ces traces d’ion perchlorate, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rapidement publié un avis mettant en avant les mesures prises afin de mieux évaluer et encadrer ce risque potentiel.
  • Le ministère chargé de la santé recommande donc, sur avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) :

- Pour les communes présentant plus de 15 μg/L de perchlorates dans l’eau : de ne pas boire d’eau du robinet pour les femmes enceintes et allaitantes et de ne pas préparer de biberons avec l'eau du robinet pour les nourrissons de moins de 6 mois

- Pour les communes présentant entre 4 μg/L et 15 μg/L de perchlorates dans l’eau : de ne pas préparer de biberons avec l'eau du robinet pour les nourrissons de moins de 6 mois.

- Ces recommandations concernent donc les seules populations à protéger d’un éventuel risque :

femmes enceintes, pour protéger le fœtus
femmes allaitantes, pour protéger l'enfant qu'elles nourrissent
nourrissons de moins de 6 mois.

- Pour les autres catégories de la population, il n’y a pas lieu de restreindre la consommation d’eau du robinet aux niveaux d’exposition mis en évidence.

- Les expertises réalisées n’ont pas mis en évidence d’autres populations vulnérables (ces limitations d’utilisation ne concernent donc pas, par exemple, les personnes âgées, les sujets immunodéprimés ou les patients présentant des troubles de la thyroïde…). 

 

Ces recommandations concernent uniquement l'ingestion d’eau du robinet par les nourrissons, femmes enceintes et allaitantes et pas son utilisation quotidienne pour le lavage, l’hygiène corporelle, le brossage des dents…

Une cartographie de la présence de perchlorate est donc actuellement en cours de réalisation. Elle se base sur des prélèvements réalisés à la fois sur les sites de captage et au robinet. Les données du contrôle sanitaire sont rendues publiques au fur et à mesure de leur connaissance, et des mesures appropriées sont prises à l'initiative des Préfectures concernées, en fonction des besoins éventuellement identifiés mais toujours sans délai.

Les messages agressifs ou diffamatoires, les insultes et critiques personnelles, les grossièretés et vulgarités, les propos choquants, racistes, homophobes ou impolis et plus généralement tout message contrevenant aux lois françaises en vigueur sont interdits.

Nous nous réservons la possibilité d’informer votre fournisseur d’accès et/ou les autorités judiciaires de tout comportement malveillant. L’adresse IP de chaque intervenant (collèges inclus) est enregistrée afin d’aider à faire respecter ces conditions.